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Partagez Édito – juin 2020

fred

Entre l’arbre et l’écorce

Ça fait des lustres qu’on entend qu’il faut diminuer le diamètre du cercle de l’économie circulaire. Que les centres de tri doivent vendre localement ou que notre qualité (présumée) insuffisante nous force à vendre à l’étranger. Bref, depuis des années, on en entend de toutes les couleurs. De l’absurdité totale aux déclarations de gérants d’estrades qui n’ont jamais mis les pieds dans un centre de tri. Mais, au travers de ces commentaires, qu’exige-t-on de nous au juste?

C’est comme si on nous plaçait sur les épaules un petit diable d’un côté et un petit ange de l’autre et qu’on nous regarde aller. Mais malheureusement, le diable de l’un est trop souvent l’ange de l’autre et quoi que nous fassions, nous nous retrouvons en situation perdant-perdant.

Nous sommes dans un monde capitaliste. Les dollars se calculent bien et ne laissent aucun doute quant à l’interprétation d’une valeur. Ils peuvent dicter notre vie, nos décisions, nos investissements.

Mais nous vivons aussi sur une planète, un endroit unique qui nécessite plus que jamais sa part d’amour et d’entretien et qui doit être pris en compte dans nos décisions. Malheureusement,  l’amour de la planète, ça se calcule pas mal moins bien et il est même facile de l’oublier. Et comble de malheur, la planète et le dollar sont la plupart du temps en opposition dans notre domaine.

Allons-y d’un exemple bien concret :

Nous pouvons vendre nos cartons multicouches à une nouvelle entreprise québécoise. C’est vraiment bien car les recycleurs pour ce produit sont toujours hors Québec. Par contre, il s’agit d’un marché vacillant dans lequel des entreprises ferment à chaque année. Mais enfin, nous avons accès à une entreprise québécoise. Toutefois, le prix offert sur le marché ontarien, pour exactement le même produit, est de deux fois et demie supérieur.

Je vous rappelle que les centres de tri font face à un marché difficile depuis deux ans et demi et que tous cherchent des dollars.

Alors, qu’est-ce qu’on fait? On encourage l’entreprise québécoise au détriment des revenus? Mais est-ce vraiment aux centres de tri à financer les démarrages d’entreprises? Ne devrait-il pas y avoir un mécanisme d’aide plus officiel? Combien de temps cette nouvelle usine demeurera en opération? Et celle de l’Ontario? Et l’Ontario, est-ce encore local?

Il n’y a pas de pierre à lancer. Toutes les réponses sont bonnes mais elles sont aussi toutes mauvaises. Car peu importe la décision prise, on est certain de créer de la grogne. On pourrait aussi se tourner vers le gouvernement pour dénoncer la situation, s’écrier « Voyez! On doit vendre nos matières à l’étranger. C’est scandaleux! Vous devez faire quelque chose! ». Ce serait une façon de faire prendre la décision par quelqu’un d’autre, de mettre ces deux petites voix dans les oreilles de quelqu’un d’autre. Mais serait-ce une attitude responsable? En fait, mine de rien, je viens de vous raconter la genèse des travaux visant la modernisation de la collecte sélective!

Frédéric Potvin,
Directeur général

Article tiré du Tricentris Express de juin 2020. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet.