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Opérer aujourd’hui

Catégorisé par le gouvernement en mars dernier comme offrant un service prioritaire, Tricentris et tous les centres de tri québécois ont reçu le feu vert pour maintenir leurs opérations dès le début du confinement. Il nous aura fallu avant tout s’adapter à une nouvelle réalité et c’est ce que nous continuons de faire quotidiennement avec les nombreux défis que cela représente.

À la recherche d’ÉPI

Il a beaucoup été question d’équipements de protection individuelle (ÉPI) dans les médias et principalement de la pénurie des masques N95. Mais saviez-vous que nos trieurs doivent utiliser ces masques depuis des années? Et que par conséquent, même si nous n’œuvrons pas dans le domaine de la santé, nous nous sommes retrouvés dans la même situation et que nos réserves se sont épuisées.

Même avant la pandémie du Coronavirus, le masque N95 était utilisé sur une base volontaire dans plusieurs sections des usines et obligatoire seulement dans certaines d’entre elles. Ces consignes visaient avant tout à protéger les employés des particules fines et des poussières. Toutefois, les nouvelles mesures établies par les instances gouvernementales imposent maintenant son port en tout temps, augmentant inévitablement notre consommation. Comme bien d’autres entreprises, nous avons dû jouer de tous nos contacts et nous tourner vers des alternatives conformes telles que les masques en élastomère et les KN95 (l’équivalent du N95, mais régit par les normes chinoises). Bien que nous priorisons ceux en élastomère puisqu’ils sont réutilisables, ils sont à leur tour une denrée rare. Les KN95 font donc l’affaire pour le moment. L’approvisionnement en masques nous aura certainement tenu en haleine à quelques reprises au cours des derniers mois.

Les nouvelles recommandations suggèrent également le port d’une blouse de travail ou d’un survêtement. Il s’agit d’une mesure de sécurité supplémentaire que nous avons voulu mettre en place dès que possible mais comme la demande générale pour cet équipement est trop grande, nous n’avons toujours pas reçu les nôtres.

Mission recrutement

La pénurie de main-d’œuvre est déjà une problématique avec laquelle nous jonglons depuis quelques années. Non seulement les offres d’emploi ne manquent pas de façon générale, mais dernièrement, la compétition est également venue de la PCU. Avec cette prestation canadienne d’urgence, des gens se sont retrouvés avec l’option de travailler pour gagner une paie ou de rester à la maison moyennant une diminution de revenus. Une opportunité qui peut sembler alléchante et qui peut motiver une personne à temporairement suspendre sa recherche d’emploi pour diverses raisons. Notre bassin d’employés potentiels, déjà restreint, a donc rétréci. Suite à diverses offensives de recrutement, nous avons tout de même réussi à attirer quelques vaillants candidats.

En plus d’avoir besoin de joueurs supplémentaires, la fermeture des écoles et des services de garde, les confinements préventifs, ou encore la peur et l’anxiété en lien avec la pandémie nous ont couté temporairement plusieurs membres de nos équipes régulières.

« Malgré les difficultés liées à l’embauche, j’ai tout de même constaté beaucoup d’entraide dans la communauté. La MRC d’Argenteuil et plusieurs autres entreprises ont relayé nos offres d’emploi, formant un grand réseau RH », tient à préciser Julie Cleary, responsables des ressources humaines chez Tricentris.

L’impact de la COVID-19

Nous connaissons tous les consignes préventives pour limiter la propagation de la COVID-19 et, dans tous nos établissements, ces consignes ont été mises en place. Nous avons toutefois constaté la complexité de respecter la distanciation physique de deux mètres dans certaines situations, comme lorsque sonne l’heure du lunch et qu’une trentaine d’employés prennent la direction de la cafétéria. Pour assurer l’éloignement, nous avons dû condamner plus de la moitié des places assises. Impossible alors d’accueillir tout le monde en même temps et une réorganisation s’imposait. Toutes les pauses et repas se font donc maintenant en rotation sur trois groupes.

Afin de maintenir notre production dans ces nouvelles conditions, nous avons modifié quelque peu nos opérations : plutôt que d’arrêter complètement l’usine pendant que tous les employés sont en pause comme nous le faisions auparavant, nous abaissons maintenant les vitesses pour continuer à rouler avec un tiers de l’équipe en moins, sans toutefois sacrifier la qualité.

De façon préventive, nous faisons aussi appel à des compagnies spécialisées dans l’assainissement des lieux. À raison de quelques fois par semaine, leurs équipes viennent désinfecter l’ensemble des postes de travail, des espaces communs, des aires de repos et des bureaux dans nos centres de tri. À l’aide d’un pulvérisateur, un produit désinfectant tuant 99,99 % des pathogènes et bactéries est appliqué sur toutes les surfaces.

En grande quantité

En centres de tri, nous reconnaissons l’arrivée du printemps par une hausse temporaire de 20 % à 25 % des matières recyclables entrantes. Normalement attendu pour le début de mai, ce phénomène s’est produit un mois plus tôt cette année car le confinement a forcé bien des gens à rester à la maison. Ils ont consommé davantage, ont eu le temps d’entreprendre des projets et de faire du ménage.

Mais voilà, le printemps du centre de tri, lui, est ensuite arrivé comme prévu. De sorte que cette année, au lieu de connaître cette augmentation sur une période moyenne de six semaines, nous la vivons depuis presque trois mois. Pour vous donner une idée, il se remplit une trentaine de camions de collecte de plus par jour sur le territoire de Tricentris depuis le début de ce long printemps.

Nos centres de tri sont conçus pour opérer à un rythme allant de 20 à 25 tonnes à l’heure. Avec deux quarts de travail, entre 300 et 400 tonnes sont donc normalement traitées quotidiennement par usine. En ajoutant les quelques 20 % de matière supplémentaire que nous recevons, une sixième journée de tri est nécessaire pour maintenir le cap et nos trieurs sont donc appelés à faire du surtemps. Nos équipes redoublent donc réellement d’efforts en cette période d’abondance de matière.

Les marchés dans tout ça

La pandémie et les mesures de confinement mises en place presque partout sur la planète ont eu un effet direct sur l’activité économique. Et la mise à l’arrêt forcé de plusieurs entreprises a fait craindre aux fabricants d’emballages une importante diminution des ventes avec comme conséquence que les prix des fibres sont demeurés bas. Par contre, beaucoup de centres de tri en Amérique du Nord ont dû fermer leurs portes pendant cette période par manque d’employés ou incapacité à respecter les mesures de distanciation. Ces fermetures ont généré une crainte en matière d’approvisionnement chez les papetières et le marché des fibres s’est emballé. Pendant quelques semaines, nous avons vu les prix monter et avons entretenu un espoir pour la reprise des marchés. Ce fut malheureusement de courte durée. Le prolongement de la fermeture temporaire de plusieurs entreprises et commerces a privé les papetières d’acheteurs de produits finis. Elles se sont donc ravisées rapidement et ont réajusté leurs achats à la baisse.

Aujourd’hui, le marché est retombé en demeurant toutefois quelque peu au-dessus de ce qu’il était avant la pandémie, mais il reste encore bien loin de ce qu’il a déjà été.

Côté plastique, comme celui-ci est composé de pétrole, il suit la même tendance. La résine de plastique vierge est maintenant moins onéreuse que le plastique recyclé, de sorte que ce marché connaît des bas historiques.

En conclusion

Retenons ici la résilience des centres de tri du Québec. Tout comme nombre d’entreprises et d’organismes québécois, nous nous adaptons, réinventons et continuons à œuvrer quotidiennement au traitement des matières recyclables reçues. Sans aucun doute, du positif émanera de tous ces défis. La créativité, la débrouillardise et la volonté démontrées par notre équipe au cours des derniers mois, et encore aujourd’hui, nous permettent de continuer d’avancer fièrement et de toujours mieux vous servir.

Publié le 18 juin 2020
Article tiré du Tricentris Express de juin 2020. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet.